Depuis de longs mois mois déjà, on dit Fidel Castro à l’article de la mort, et nos médias nous avaient alors abreuvés de son culte de la personnalité, jusqu’aux « petits jeunes qui se tatouent le portrait de Fidel » … vous y croyez, vous ?
Vous me direz que comme toute dictature, le chef de l’Etat a mis sa personne au centre de tout : chaque loi, c’est lui, d’ailleurs, la loi, c’est lui, les journaux sont ses amis et ne disent de lui que ce qu’il veut qu’ils disent, d’ailleurs, si l’un s’aventure à parler d’éléments non-autorisés, sa rédaction s’en sépare… et le pire est que ce dictateur est élu par le peuple !! Bon, d’accord, on ne voit pas beaucoup ses opposants dans les médias, puisque les médias (et donc l’actualité), c’est lui. Inimaginable, dans un pays démocratique, d’entendre parler du chef de l’Etat dans chaque média, chaque jour de la semaine, pour sa dernière décision, sa dernière aventure, son dernier bain de mer, le dernier disque de sa compagne…
Alors, profitons des 50 ans de la Révolution (vous savez, le 01 janvier 1959, la scène du film Le Parrain) pour faire le point sur ce culte de la personnalité.
Ce qui est marquant, c’est que Fidel Castro a effectivement développé un culte de la personnalité, mais pas tant de sa personnalité que de celle de La Révolution ! C’est la Révolution qui doit guider le peuple, habile pour valoriser sa propre image avec le souvenir des Commandantes Guevara, Cienfuegos et autres puisque du coup, la Révolution, c’est lui. Mais pour symboliser cette Révolution, le portrait que vous verrez partout n’est pas celui de Fidel (qui l’a conduite), mais celui de José Martí (sur qui Fidel s’est appuyé pour la légitimer).
José Martí sur la place centrale de La Havane
José Martí est considéré comme le père de l’indépendance cubaine. Dirigeant du mouvement face à l’Espagne, Fidel dit qu’il fut le penseur du 26 juillet, l’inspiration du Moncada (Fidel, jeune avocat, s’attaque le 26 juillet 1953 avec quelques compagnons à la caserne du Moncada à Santiago. Ils seront arrêtés, condamnés à mort, sauvés in extremis par un policier et un prêtre, puis amnistiés. Ils s’exilent au Mexique où ils préparent la Révolution, et la date du 26 juillet reste un symbole fondateur de la lutte castriste).
José Martí sur la Plazza de la Revolución
Né en 1853 à La Havane, il quitte rapidement le pays, devient le représentant légal de nombreuses nations à Washington (dont l’Argentine ou l’Uruguay), puis organise avec les généraux Máximo Gómez et Antonio Maceo la Seconde Guerre d’Indépendance.
José Martí au carnaval, déguisé en Máximo Gómez
Il tombe à la bataille de Dos Rios en 1895. Il a son buste à un coin de rue sur deux à La Havane, en plâtre, béton, même en plastique !
José Martí offusqué
Il est présent dans toutes les entreprises, toutes les officines de service public du pays. Il médite en grand sur la Place de la Révolution et a droit à tout l’espace à l’intérieur du monument pour exposer sa vie, son œuvre. Il existe aussi en formats à emporter sur soi (les pensées complètes de Martí en livre de poche) ou à porter sur soi (maillots). Il existe même des photos montrant Fidel Castro et José Martí côtes à côtes (alors que presque cent ans les séparent).
José Martí reste de marbre
Il est à la fois l’une des cautions idéologiques du gouvernement de Castro, mais il est également le symbole le plus fort des anti-castristes : la station de radio et la chaîne de télévision cubaines anti-castristes se nomment Radio Martí et Télé Martí !
José Martí dans le bureau de Battista
On peut donc dire qu’il s’agit du plus cubain de tous les Cubains, en n’ayant pourtant vécu que 7 années sur l’île, au début de sa vie, puis pour y mourir au combat, en héros, martyr de l’indépendance !
José Martí roi des abeilles
José Martí perle des Caraïbes